samedi 11 février 2017

Dominique Paquet
St Florent le vieil, Maison Gracq, le 10 février 2017




















LUI violent
La rivière refuse de me laisser nager ! Elle multiplie les tourbillons, le courant m’arrache à la rive, je tourne avec lui jusqu’à toucher le fond, là où le sable est si doux, si lumineux, si lisse. Je remonte à la surface avec le tourbillon, mais mon chagrin remonte avec moi, les hérons m’attendent en ricanant sur les rochers, Les grues ricanent. Les mouettes ricanent. Tout ricane. ! Alors je ricane aussi. Et je jette une pierre sur les canards, vers l’île Batailleuse pour leur dire « J’ bataille aussi moi ! ». Tu as compris ?
LIBELLULE
Pas tout. Tu es en colère, je crois. La colère, je connais. Regarde ma colère. Elle vole en zigzag, il la suit des yeux. Elle se repose sur son bras.
LUI
J’ai vu. On dirait la mienne.
     Extrait de Conversation avec ma libellule,  création de Dominique Paquet lors de sa résidence d'automne à la Maison Gracq

Née à Bordeaux, Dominique Paquet a mené des études de philosophie parallèlement à sa carrière de comédienne.Elle anime très régulièrement des Cafés-Philo destinés aux adultes ou aux enfants. Elle travaille également à des adaptations théâtrales de textes littéraires et philosophiques


mardi 7 février 2017

Geneviève Peigné
Angers, le 2 février 2017





















"Je supprime des adjectifs 
Je pousse des mots à côté en dessous
pour finir je retire le tuteur
savoir si la page tient ? "

Extrait de "L'interlocutrice" paru en 2015 aux éditions Le Nouvel Attila

Interview de Geneviève Peigné à propos de son livre " L'interlocutrice"
https://youtu.be/aBxFN-lR12c

Geneviève Peigné est née à Chartres en 1949 et vit à Dijon et Bazoches du Morvan où elle organise avec Jean François Seron le festival de poésie Samedi Poésies Dimanche aussi.
Elle est l'auteure de A défaut de miracle aux éditions Potentille en 2012.
Elle a également publié de nombreux récits ou romans érotiques sous le nom de Geneviève Hélène : Le tranchant des lèvres ( 1990), La belle que voilà ( 1990) ou encore Une scène de dévoration ( 1992) aux éditions Jacqueline Chambon
Elle est aussi l'auteure de plusieurs livres d'artiste notamment Poème pour l'oreille gauche aux éditions de La Goulotte en 2015 avec Jean Marie Queneau et Claude Stassart-Springer.


lundi 23 janvier 2017

Laurence Vilaine
Librairie les Parchemins à St Florent le vieil le 19 janvier 2017




















" Ce n'était pas grave de pas savoir.
On aurait pu ensemble pousser le fauteuil et laisser toujours la vitrine ouverte, déployer sur nos genoux tous les volumes, les vingt-et-un et même l'index, sortir la loupe de sa grosse boîte et suivre le contour des cartes, se raconter l'Histoire et remonter les fleuves, faire se rejoindre les mers. On aurait mine de rien approché de nous le savoir, ou le savoir serait venu à nous - il suffisait juste de se tenir l'échelle, de grimper trois ou quatre barreaux, de regarder par-dessus le mur à quoi ressemblaient le monde, le ciel et ses nuages quand ils deviennent moutons, chevaux ou dinosaures, ou dans le creux d'une pierre, la coquille molle du tout petit escargot.
Ce n'était pas grave.
On aurait pu jeter les bidons vides, pousser les vieux vélos, apprivoiser le monde tout simplement, plutôt que la crainte de ne pas être à la hauteur - à la hauteur de quoi, à la hauteur de qui ? De quoi avais-tu peur ?"

                      Extrait de La Grande Villa ( page 51) paru en 2016 aux éditions Gaïa 

Laurence Vilaine est née en 1965 et vit à Nantes. Elle est également l'auteure de Le silence ne sera qu'un souvenir en 2011 aux mêmes éditions Gaïa ( réédité chez Babel en format de poche)





mardi 10 janvier 2017

Petites histoires photographiques (5)
Washington 2013


Elle replace au mieux son chapeau délicieux, me donne une série d’images, joue avec le photographe.
 Son sac en plastique posé près d’elle déborde de ses pauvres vêtements entassés pêle-mêle. C’est une princesse.
Pas besoin d’une longue conversation pour comprendre qu’elle a eu son heure de gloire.
 La rue n’a rien éteint de sa lumière. Pourtant une grande mélancolie émane d’elle.
 Au Caire aussi j’ai connu des princes déchus.



















dimanche 8 janvier 2017

Petites histoires photographiques (4)
New York 2014



















 On ne voit pas l'East River, ni le pont de Manhattan, ni celui de Brooklyn si proche.
 L'enfant qui slalome entre les arbres fragiles échappe à sa mère, comme ces petits   écureuils des jardins américains, malicieux et rieurs.
 Les blocs de Chinatown lui font un décor de théâtre.
 New York disparaît dans l'image.
En plan caché , de lointaines contrées orientales .
   

samedi 7 janvier 2017

Petites histoires photographiques (3)
New York 2013



















Cette voix , ce rire…

Où les ai-je déjà entendus ?
Cet éclat de voix qui porte loin.
Peut-être jusqu’au marché aux poissons d’ Houmt Souk à Djerba, 
« cétaki, cétaki ?» …
Une voisine par-dessus la haie du jardin de ma grand-mère ?
On est à Chinatown oui.
Mais la déflagration d’un rire, jusqu’où peut-on l’entendre ?
Dans quel effondrement de nous-même une image peut-elle nous conduire ?